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L’expérience au service de l’avenir


Le prestige du marchand de vin

Le vin est un aliment qui fut utilisé pour protéger les populations contre l’alcoolisme. C’est dans ce contexte que s’installa le capitaine.




Quelle drôle d’idée de s’installer dans un pareil village ! Pont-du-Navoy ce n’était pour beaucoup d’un carrefour entre Lons-le-Saunier et Champagnole. Un dernier carrefour entre la Hollande et le Lac de Chalain tout proche.

A l’époque où le capitaine Francis Thevenin était rejeté de sa selle de cheval et qu’il s’y établissait marchand de vin, la cité qui tire son nom du passage sur l’Ain [1] était très connue pour ses forges qui employaient des centaines d’ouvriers. Et avec la vogue de l’absinthe, cette fée verte qui rend fou, l’alcoolisme faisait au même moment des ravages en France.

Fils sacré de la terre et du ciel

Avec beaucoup de bon sens, les pouvoirs publics de l’époque encouragèrent à la consommation du vin, ce “nectar” fils sacré de la terre et du ciel, pour lutter contre les ravages de l’alcoolisme.

Ainsi donc, l’ancien capitaine fut investi d’une mission de santé : le vin était un aliment nourrisant. Il répondait à un besoin alimentaire pour ces populations ouvrières plutôt démunies dans une société qui ne connaissait pas l’abondance de la distribution.

Le vin titrait un degré d’alcool fort modeste par rapport à l’absinthe et aux produits qui étaient alors mis en vente par une technique en pleine évolution : la distillation.

“Le vin, rempart de l’alcoolisme”

Or cette histoire qui donne le sentiment d’appartenir à une autre époque rejaillit dans un débat de grande actualité. A un point tel que le journal Le Monde, sous ce titre, a publié le 27 février 2004 l’article fort bien documenté et pertinent signé de Denis Saverot, rédacteur en chef de la Revue du Vin de France.

Il ne s’agit certes plus d’apporter une nourriture aux forgerons jurassiens et de lutter contre une absinthe à près de 80°.

S’il roule les fûts et porte les feuillettes [2], s’il a les mains noires et calleuses, le marchand de vin n’en a pas moins alors mission de santé publique. Il a la connaissance de ce produit alimentaire, de ses origines dans les régions lointaines, la maîtrise de ses évolutions, des mystères de la nature sous le soleil et dans le secret de la cave ... Il en contrôle aussi la distribution et délivre des documents dûment tamponnés et cachetés.

On comprend pourquoi les marchands de vin jouissaient d’un prestige tout particulier dans la France de la plus grande partie du XXèmpe siècle !

[1] Navoy signifie la barque qui servait autrefois à traverser l’Ain en cet endroit rapport le fameux dictionnaire Rousset des Communes du Jura. Le pont construit devient donc le Pont du Navoy (première mention en 1452, selon Jean-Pierre Vuillemot dans son livre « Histoire des noms de lieux du Jura »)

[2] Tonneau dont la contenance varie suivant les régions entre 114 et 136 litres. A Pont-du-Navoy, il s’agissait de 120 litres